Le point

L'artiste qui fait le mur Yannick Sauvée végétalise les murs de la ville.

Yannick Sauvée est un jardinier d'un genre un peu particulier. Lui-même se définit comme un "créateur de mur végétal", de la conception à la pose, sur des façades de grande surface, des halls d'accueil d'entreprise et même des parois de salles de bains chez des particuliers. Inventé en 1988, le procédé reste assez peu répandu : seulement une dizaine d'entreprises en France, dont le Jardin unique, l'entreprise créée en 2008 par Yannick Sauvée, s'en sont fait une spécialité.

 

"Les murs végétaux peuvent être vus de différentes manières, résume-t-il. Comme un simple mur de plantes, mais aussi comme une oeuvre d'art ou encore un nid écologique, avec des animaux, des oiseaux qui viennent y nicher. Ils permettent de travailler avec une multitude de variétés de plantes, ce qui n'est pas le cas pour les simples façades végétalisées, où les plantes partent du sol pour grimper sur des supports métalliques."

Rien ne prédisposait particulièrement cet ancien préparateur de produits pharmaceutiques à s'orienter vers un tel métier. Mais un accident de ski et l'envie de changer d'air lui ont fait franchir le pas. "J'aimais le végétal et j'aimais les objets que l'on regarde", confie-t-il. Une formation d'un an à la Maison familiale horticole de Saint-Grégoire, près de Rennes, puis des stages pour mieux connaître la technique des murs végétaux ont fait le reste.

Chef d'orchestre.

Aujourd'hui, à 45 ans, Yannick Sauvée est une sorte de chef d'orchestre. Il fait appel à la fois à des botanistes, un infographiste, des architectes et des décorateurs d'intérieur, des pépiniéristes, mais aussi aux fabricants de modules en Inox ou en zinc qui contiendront les plantes et aux serruriers pour sécuriser les systèmes de fixation sur les parois d'un bâtiment. "Le mur végétal de 70 mètres carrés que nous avons réalisé en 2010 sur la façade du centre Leclerc de Cleunay, à Rennes, pèse tout de même 7 tonnes", souligne l'entrepreneur. Plantes vivaces, fougères, campanules, iris, arbustes, pour les murs extérieurs, viennent essentiellement de Bretagne ; ils se développent dans du substrat chilien, la sphaigne.

"Les murs végétaux n'ont quasi pas besoin d'engrais, car ces substrats sont une matière vivante prélevée sur des tourbières qui contient tous les éléments nutritifs nécessaires", explique Yannick Sauvée.

Outre le centre Leclerc de Cleunay, les tableaux vivants du Jardin unique ornent désormais à Rennes une longue paroi intérieure du centre commercial Grand Quartier, la façade d'un restaurant avenue Janvier et ils agrémentent les espaces intérieurs de plusieurs entreprises. D'ici deux ans, ils seront aussi sur le futur immeuble de Jean Nouvel.

Par Pierre-Henri Allain